Vous trouverez ici des notes qui détaillent chaque étape du processus Tipi et les définitions des termes et mots utilisés dans mes articles.

 

Sensations physiques – L’expression « sensations physiques » est, ici, un pléonasme volontaire. Les sensations sont toujours physiques, mais nous sommes tellement peu habitués à considérer ce qui se passe dans notre corps que cette redite veut souligner l’aspect résolument physique d’une émotion.

Sensation sans émotion – Nous pouvons, bien sûr, ressentir un choc à un genou ou mal digérer un aliment avarié et cela n’a aucun caractère émotionnel. Plus généralement, une sensation physique unique ne produit pas, à elle seule, une émotion : elle s’apparente plutôt à une douleur, une gêne physique. Nous disons, par exemple : « J’ai mal au dos », « J’ai un torticolis » ou « J’ai une migraine ». Prendre en compte une sensation physique isolée et la laisser évoluer n’aboutira à aucun résultat définitif.

Émotion et sentiment – La langue française ainsi que de nombreuses autres langues ne sont pas très claires sur la différence entre « émotion » et « sentiment ». Les chercheurs, eux-mêmes, emploient chacun leur propre définition. Dans ce livre, le principe le plus simple a été retenu.
Si nous ressentons un ensemble de sensations physiques dans notre corps, nous éprouvons une émotion. Une émotion ne se nomme pas, elle se décrit à l’aide des sensations éprouvées. À partir de cette émotion, si nous voulons éventuellement lui donner une signification ou l’expliquer, par exemple : « Je ressens cela parce que je suis amoureux, en colère, déçu ou triste », nous collons une étiquette sur cette émotion, ce qui nous permet de nommer intellectuellement ce que nous venons de ressentir : c’est un sentiment.
En résumé, le terme « émotion » est employé pour ce que nous ressentons et le terme « sentiment » pour le sens donné, intellectuellement, à ce ressenti.

Sentiment sans émotion — Sans doute pour éviter de nous confronter aux sensations désagréables qu’elles contiennent, nous intellectualisons souvent nos émotions. En disant : « Je me sens déprimé ! », une personne ne parle pas forcément de ce qu’elle ressent sur le moment comme sensations dans son corps. Elle exprime un état général. À l’inverse, l’émotion s’inscrit dans un instant particulier. La présence physique de l’émotion, là, sur l’instant, est la condition incontournable pour nous permettre de nous connecter sensoriellement à notre perturbation émotionnelle et de la réguler.

Émotion sans sensation — Certaines personnes seront promptes à affirmer : « Je ne ressens rien lorsque je me retrouve dans une situation de blocage, d’inhibition… » Si nous sommes tendus, stressés, angoissés, inhibés, bloqués, c’est parce que notre corps, en réagissant à une stimulation de notre mémoire, produit des sensations physiques indésirables qui ne nous permettent plus d’agir normalement.

Ces sensations désagréables sont donc inévitablement en nous. La plupart sont des tensions musculaires et sont aisément repérables pour peu que nous leur portions attention.
Parfois, néanmoins, le corps est étrangement détendu et les sensations de vide, de flottement, de brouillard dans la tête ou encore l’impression d’évoluer dans du coton sont plutôt agréables. Dans ce cas très particulier, ces sensations doivent être prises en compte pour poursuivre la démarche.
Cette exception mise à part, lorsqu’une personne ne ressent vraiment aucune sensation physique désagréable, c’est certainement qu’elle reste en prise directe avec l’extérieur. Il lui suffit de se détourner de ce qui la préoccupe et de s’intéresser vraiment à ce qui se passe physiquement dans son corps pour découvrir de multiples sensations. Cela ne nécessite aucune sensibilité, aucune capacité, aucun entraînement particuliers.

Sortir de l’intellect — Une personne angoissée, par exemple, peut rester à nourrir son angoisse en ressassant ce qui l’a alimentée : elle tournera en rond dans ses réflexions sans qu’il ne se passe rien. Pour sortir de cette impasse, elle doit porter son attention sur les sensations physiques présentes dans son corps : une oppression respiratoire dans la poitrine, le cœur serré et douloureux, la tête « cotonneuse », le ventre noué et les jambes molles ou mille autres sensations encore…


Absence de sensation
 — L’impression d’être « absent », déconnecté de notre environnement et de nous-même, peut être ressentie en tout début d’introspection mais également à la suite de sensations physiques bien localisées dans notre corps. Dans tous les cas, cet état de « non-sensation » doit être considéré comme une manifestation sensorielle à part entière.

Aux prises avec la situation — Dans certaines situations, nous pouvons être tentés de garder un œil sur ce que nous étions en train de vivre. Si nous restons accrochés à la situation, le processus s’enrayera et la réaction émotionnelle ne disparaîtra pas.
À la fin d’une conférence, alors que l’assistance posait des questions, une personne prit la parole pour expliquer qu’elle venait de suivre très précisément les consignes données sans venir à bout de son émotion. Elle accepta de faire part du trouble qui l’avait conduite à faire cet essai : elle souhaitait poser une question et cela l’avait mise en forte perturbation émotionnelle. Elle décrivit ensuite les différentes étapes par lesquelles elle était passée. Tout semblait effectivement correct, au détail près que, dans le même temps, elle continuait à guetter les questions d’autres participants pour ne pas perdre son tour.


Se mettre hors de danger
 — Parfois, certaines personnes restent volontairement exposées à ce qui provoque leur émotion pour être sûres de ressentir des sensations fortes dans leur corps : les sensations sont évidemment bien présentes mais la suite de la démarche est souvent compromise. Une personne claustrophobe, par exemple, ressentira plus intensément son mal-être en restant dans le lieu qui l’oppresse, mais en s’obligeant à braver sa difficulté, elle ne parviendra peut-être pas à surmonter son impérieux besoin de sortir. Dès que la personne sera à l’extérieur, elle se sentira hors de danger mais les sensations seront toujours assez fortes pour permettre au processus de se faire normalement.

Combien de sensations devons-nous ressentir ? — Dès que nous sommes pris à partie par une émotion, les manifestations physiques sont nombreuses. Si nous sommes attentifs, nous pouvons généralement en dénombrer plus d’une dizaine mais une telle introspection n’est ni utile, ni souhaitable. Les deux ou trois premières sensations qui s’imposent sont largement suffisantes pour poursuivre la démarche.
À l’inverse, si une seule sensation émerge spontanément, il faut porter attention à d’autres parties du corps : d’autres sensations seront inévitablement présentes. Si ce n’est pas le cas, cela signifie que, même avec les yeux fermés, nous sommes toujours en prise directe avec la situation.

Aucun risque — À ce jour, après plus de dix années passées à former à cette pratique, sur plusieurs milliers de séances réalisées par des personnes alors qu’elles étaient en dysfonctionnement émotionnel, pas un seul cas d’accident ou même d’incident mineur n’est à signaler. Si les ressentis physiques sont très réalistes et parfois intenses, leur innocuité à court, moyen ou long terme, tant sur notre corps que sur notre mental, semble désormais acquise. Même les personnes sujettes à des crises d’épilepsie, des crises de panique ou des « bouffées délirantes » n’ont jamais manifesté de réaction anormale en cours de séance ou à la suite. Les tests d’utilisation de la démarche menés en hôpital psychiatrique n’ont provoqué par la suite aucune réaction inhabituelle.

Sensations fortes — De nombreuses sensations peuvent s’apparenter à des ressentis impressionnants éprouvés dans de mauvais rêves ou cauchemars : une chute vertigineuse qui n’en finit plus, par exemple.

Nausée — L’envie de vomir fait partie des manifestations physiques possibles, mais, sur plusieurs centaines de milliers de séances réalisées en situation ou guidées par un thérapeute, à ce jour, aucune personne n’est jamais réellement passée à l’acte. Les sensations ressenties ne sont pas notre réalité mais un souvenir sensoriel que nous revivons.

Contrôler ses sensations — Les personnes habituées, par exemple, à pratiquer la sophrologie risquent de prendre en charge leurs sensations physiques par automatisme sans s’en rendre compte. Elles devront être particulièrement vigilantes avec ces réflexes conditionnés sous peine d’interrompre le processus en cours.
En dehors de techniques reconnues et éprouvées dans la prise en charge des sensations physiques, voici une liste non exhaustive d’actions que certaines personnes mettent en œuvre pour apaiser leur perturbation :
• se concentrer sur ses sensations jusqu’à ce qu’elles disparaissent (les faire fondre), envoyer sa respiration sur les endroits où ça fait mal…
• attribuer à ses sensations une couleur, une forme, noter leur intensité sur une échelle de 1 à 10…
• transformer ses sensations en pensées positives, en lumière, en eau, en vent…
• parler à ses sensations, les apprivoiser, les caresser, les masser…
• transférer mentalement ses sensations à celui ou celle qui en est l’origine…

Manifestations sensorielles inquiétantes — Certaines réactions physiques, telle l’envie de vomir ou même de déféquer, se manifestent parfois et peuvent nous inquiéter au point de nous inciter à ouvrir les yeux pour réagir. Dans un autre registre, des impressions visuelles qui peuvent apparaître lorsque nous revivons sensoriellement présentent souvent un caractère morbide : des images de fœtus plus ou moins dégradés, ou encore d’étranges formes animalières menaçantes peuvent s’imposer très momentanément et nous inquiéter. Des sensations de chute interminable, de déchirure ou de compression du corps, ou encore l’impression de mourir peuvent être également inquiétantes. Mais ces multiples manifestations sont éphémères et ne doivent pas nous détourner de notre passivité. Rien de ce que nous vivons est réalité. Si nous restons résolument observateurs, en quelques secondes, tout se transforme, s’apaise.

Sensation résiduelle — Si une sensation persiste après que nous avons ressenti un apaisement, peut-être avons-nous réouvert les yeux trop promptement alors qu’une sensation tardait à disparaître complètement. Une sensation résiduelle s’explique également par sa présence dans d’autres perturbations émotionnelles que celle que nous venons de réguler : cette multi-appartenance stimule plus longuement son activité.

Une émotion peut en cacher une autre — Certaines difficultés émotionnelles, principalement les inhibitions, sont structurées autour de deux blocages émotionnels distincts. En nous connectant à nos sensations, nous pouvons réguler émotionnellement l’un et l’autre très souvent à la suite, mais cette régulation peut se faire avec un léger décalage. Pour cette raison, après un premier apaisement, nous sommes parfois surpris de nous confronter à une nouvelle émotion qui s’exprime alors par un assemblage de sensations différentes.


Empreinte sensorielle commune
 — Des situations de vie qui semblent n’avoir aucune relation entre elles mais qui ont en commun un assemblage de sensations identiques correspondent à un même blocage émotionnel. Porter attention à nos sensations à partir de l’une de ces situations et les laisser évoluer suffit à nous libérer de nos réactions émotionnelles dans toutes les autres situations concernées par cette empreinte sensorielle.

Quinze ans d’expérience — Les retours d’expérience des premières séances datent d’une quinzaine d’années. Depuis, des centaines de milliers de séances ont permis de confirmer qu’après avoir été sensoriellement visitées, les émotions perturbatrices concernées ne se manifestent plus.

Libération émotionnelle – En l’absence de certitude sur les mécanismes neuropsychologiques mis en œuvre, les expressions utilisables pour qualifier l’aboutissement de cette démarche sensorielle sont nombreuses, chacune mettant l’accent sur un aspect particulier :
• « Régulation émotionnelle » porte bien l’idée de retour à la normalité de nos émotions.
• « Actualisation émotionnelle » évoque l’impression d’avoir été en proie à des émotions d’une autre époque qui, à présent, sont mises à jour.
• « Libération émotionnelle » souligne le plein potentiel d’action et de décision que nous recouvrons lorsque nous ne sommes plus contraints par nos émotions.

Sources : Luc Nicon - Extrait de son livre [Revivre Sensoriellement  une perturbation et la réguler]